Sommes-nous prêts à faire face aux risques ?
Dans un monde de plus en plus numérisé, les infrastructures critiques telles que l’accès aux emails et aux documents jouent un rôle essentiel pour assurer le bon fonctionnement des services publics. Une analyse récente des communes bruxelloises révèle une dépendance notable envers des fournisseurs étrangers de services numériques, notamment les géants technologiques américains tels que Microsoft et Google.
Paysage numérique à Bruxelles

L’examen des domaines utilisés pour les emails dans les communes bruxelloises montre une tendance claire :
- Microsoft (basé aux États-Unis) : Bruxelles-Ville, Etterbeek, Jette, Schaerbeek, Berchem-Sainte-Agathe, Saint-Gilles, Saint-Josse-ten-Noode, Forest.
- Sophos (basé aux États-Unis) + Microsoft : Woluwe-Saint-Pierre.
- Serveurs email propres (basés en Belgique) : Anderlecht, Ganshoren, Woluwe-Saint-Lambert.
- Irisnet (basé en Belgique) : Ixelles, Evere, Koekelberg, Auderghem, Molenbeek-Saint-Jean, Uccle, Watermael-Boitsfort.
Même si plusieurs communes évitent les serveurs mail de Microsoft, cela ne signifie pas forcément qu’elles n’utilisent pas d’autres services cloud de Microsoft. En effet, des institutions majeures en Belgique, notamment la police nationale, Brussels Airport, la SNCB, De Lijn et la STIB, dépendent fortement de Microsoft. De même, effectivement tous les établissements scolaires belges utilisent les services Google ou Microsoft.
Il est notable que Bruxelles s’en sort relativement mieux que le reste de la Belgique, avec une dépendance d’environ 40 % envers les services Microsoft contre une moyenne nationale d’environ 70 %. Toutefois, ce chiffre reste élevé comparé à un pays comme l’Allemagne, où cette dépendance n’est que de 4 %.
Pourquoi devrions-nous être préoccupés ?
La dépendance à un seul fournisseur étranger pour des infrastructures critiques présente des risques importants :
- Point unique de défaillance : L’infrastructure de Microsoft est une cible attrayante pour les cyberattaques, représentant ainsi un risque systémique. À l’inverse, des structures décentralisées composées de petits serveurs interconnectés offrent une meilleure résilience, comparable à l’analogie d’un éléphant face à un essaim de moustiques.
- Vulnérabilité géopolitique : Des décisions géopolitiques potentielles, comme l’imposition de tarifs sur les infrastructures numériques par le gouvernement américain, pourraient entraîner des coûts imprévus significatifs.
- Réponse aux crises : En cas de cyberattaque ou de panne majeure, les priorités de Microsoft pourraient ne pas correspondre aux besoins locaux belges. Les services d’urgence bruxellois risqueraient ainsi de ne pas recevoir un soutien immédiat.
- Risque financier et verrouillage technologique : Le cas de la région de Pirkanmaa en Finlande illustre cette vulnérabilité économique, où la dépendance à Microsoft a entraîné une hausse spectaculaire des coûts, passant de 8,4 millions (2024) à 10,5 millions d’euros (2025).
Explorer les alternatives
Heureusement, des solutions open-source viables existent. La société allemande Nextcloud propose des alternatives robustes et gratuites aux logiciels propriétaires. Bien que ces solutions soient gratuites, leur mise en œuvre nécessite une gestion locale des serveurs avec les coûts associés. Toutefois, si Nextcloud ou d’autres entreprises similaires disparaissent, le logiciel open-source reste accessible, protégeant ainsi du verrouillage technologique.
En outre, investir dans des initiatives locales telles qu’Irisnet et Paradigm peut renforcer l’autonomie numérique, favoriser l’expertise locale et réduire la dépendance envers les sociétés américaines. La mise en place d’accords privilégiant les solutions logicielles libres (FOSS) peut également réduire les risques futurs et prévenir la fuite des connaissances.
Pourquoi le changement est-il difficile ?
Malgré des risques évidents, plusieurs facteurs freinent la transition :
- Systèmes existants et verrouillage technologique : Les coûts de transition sont élevés et les systèmes existants sont profondément intégrés dans les opérations, créant une forte résistance au changement.
- Habitude des utilisateurs : Les logiciels existants fonctionnent généralement bien et sont familiers aux utilisateurs, réduisant l’incitation à changer.
- Transparence politique et financière : La dépendance aux infrastructures numériques attire rarement l’attention électorale. De plus, les contrats peu transparents exigés par des entreprises comme Microsoft rendent opaques les coûts réels supportés par les contribuables.
Passer à l’action
Les citoyens et décideurs politiques bruxellois doivent évaluer ces vulnérabilités de manière critique. Une sensibilisation accrue, une plus grande transparence et un engagement local actif peuvent favoriser des discussions éclairées. Hackerspace Bruxelles, basé à Lioncity, invite toutes les personnes intéressées à comprendre ces enjeux ou à explorer des alternatives sécurisées et open-source.
En s’attaquant proactivement aujourd’hui à nos dépendances numériques, Bruxelles peut protéger ses infrastructures critiques, promouvoir l’expertise locale et garantir une résilience à long terme.
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